Il y a beaucoup de courants dans le monde de l'équitation — des modes, des idées qui étaient en vogue à certaines périodes. Considérés comme la vérité absolue à leur époque, ils ont encouragé et justifié des pratiques bonnes comme mauvaises. Aujourd'hui, la science éthologique tente d'éclairer ce que l'on croyait acquis.

Dans cet article
- 01La dominance — une théorie héritée des années 70
- 02Le leadership — la notion la plus controversée
- 03Le respect — un concept humain utile, à redéfinir
La dominance
Une idée tenace… mais dépassée
Qui n'a jamais entendu son moniteur crier depuis le fond du manège : "Montre-lui qui est le chef !", "C'est toi qui décides", ou encore "Ne montre pas que tu as peur, c'est toi qui le domine." Ces phrases, aussi familières soient-elles, reposent sur deux erreurs fondamentales.
La première : la notion de dominance n'a rien à voir avec le fait de décider. La seconde : nous ne sommes pas des chevaux — et eux le savent pertinemment.
D'où vient cette théorie ?
La notion de dominance dans le travail du cheval est directement héritée de la théorie du mâle alpha, formulée dans les années 1970 à partir d'études sur les meutes de loups. Cette "découverte" a créé ce que l'on appelle un schéma mental : une fois qu'on apprend quelque chose, on a l'impression de le voir partout.
Par exemple, lorsque l'on apprend le snapping (le fait de claquer les lèvres chez le poulain), on va avoir l'impression de le voir à chaque mâchouillement, alors que c'est un comportement bien précis. Ainsi on observe avec ce que l'on sait déjà. Le problème réside dans l'interprétation : deux observateurs peuvent regarder la même scène et en tirer des conclusions radicalement différentes selon leurs expériences, leurs savoirs et leurs biais.
Cette théorie de dominance a beaucoup été utilisée dans les débuts du travail du cheval et en équitation. Comme on l'a dit précédemment qui n'a jamais entendu son moniteur hurler du fond du manège "Ne cède pas, montre lui qui est le chef !", "Ne te laisse pas faire, sinon tu es foutu.". Aujourd'hui ces phrases sont dépassées car on sait que le fait de ne pas céder n'a rien à voir avec la notion de chef.

Que signifie vraiment « dominant » chez le cheval ?
La hiérarchie de dominance définit l'ordre d'accès aux ressources. Un individu dominant accède en premier à la nourriture, à l'eau, à l'espace. Mais il n'existe pas un dominant absolu dans un groupe : la hiérarchie est relationnelle, et s'établit entre paires d'individus.
Chez les chevaux, cette structure est rarement pyramidale — elle est le plus souvent triangulaire : A domine B, B domine C, mais cela n'implique pas que A domine C. Chaque relation est unique, et dépend du tempérament de chaque individu.
- La dominance s'établit entre deux individus, pas dans un groupe entier
- Elle concerne l'accès aux ressources — nourriture, eau, espace, repos
- Elle est fluide : un cheval peut être dominant sur l'un et soumis face à un autre
- Elle n'a rien à voir avec le fait de « décider » ou de « diriger »
"Aux dernières nouvelles, nous ne sommes pas des brouteurs d'herbe. Quel serait l'intérêt du cheval d'accéder aux ressources avant nous ? Nous n'avons pas les mêmes ressources — il n'y a pas de réelle concurrence inter-espèce."
Dominance et apprentissage : ne pas confondre
Une confusion très répandue consiste à assimiler le fait de ne pas céder face au cheval avec l'affirmation d'une dominance. Ces deux choses n'ont rien à voir.
Lorsqu'un cheval ne donne pas la réponse attendue et que l'on maintient la demande, il ne s'agit pas d'une lutte de pouvoir — c'est un principe fondamental d'apprentissage. La clarté de la demande, la constance et la cohérence dans le temps : voilà ce qui construit un cheval fiable et serein. Pas la domination.
Le respect
La notion de respect a été utilisée à tort et à travers.
La notion de respect a été utilisée à tort et à travers, avant d'être finalement jetée au diable. Lorsque la dominance était en vogue, "montre-lui qui est le chef" et "fais-toi respecter" se faisaient la course à l'expression la plus répandue.
Pourtant le respect, au sens propre du terme, désigne un sentiment qui porte à accorder à quelqu'un de la considération en raison de la valeur qu'on lui reconnaît. Dans notre société, c'est ainsi que nous respectons nos aînés ou ceux d'un rang hiérarchique supérieur. Mais nous avons vu que la seule véritable hiérarchie connue chez les chevaux concerne l'accès aux ressources — pas la considération mutuelle.
Comment les chevaux communiquent-ils vraiment ?
Lorsque l'on observe un groupe stable de chevaux, il y a très peu de violence. Tous les déplacements et communications se font dans un grand calme. Il n'y a pas un individu plus "respecté" qu'un autre — mais un fonctionnement serein qui ne nécessite pas d'agression.
Les chevaux communiquent toujours de la même manière, subtilement — lèvres pincées, oreilles en arrière, regard dur — et si le message ne passe pas, ils deviennent simplement plus clairs. Il n'y a pas de ton, d'attitude ou de langage adapté à l'interlocuteur, comme nous l'entendons par "respect" chez les humains.
"Pour moi, c'est une notion très parlante pour les humains. J'aime parler de respect mutuel — mais qui sera différent d'un point de vue cheval et d'un point de vue humain."
Deux formes de respect mutuel
Du point de vue du cheval
- Ne pas bousculer l'humain
- Ne pas taper ni mordre
- Trouver un autre moyen de communiquer
- Ces règles de base sont indispensables à la sécurité
Le cheval a conscience que nous ne sommes pas un congénère — et il a été démontré que les animaux sont capables d'inventer un nouveau langage pour se faire comprendre.
Du point de vue de l'humain
- Respecter l'intégrité physique et morale du cheval
- Reconnaître tout ce qu'il nous offre
- Apprendre à connaître ses goûts
- Lui consacrer du temps au-delà de la séance
Emmener son cheval brouter dans un nouvel endroit, lui faire des massages, apprendre ce qu'il aime vraiment — c'est ça, le respect en actes.
Soyez doux avec vos chevaux
À certains endroits du corps, les chevaux ont une peau plus fine et plus sensible que la nôtre. Faites attention à vos gestes lors du pansage. Je vois trop de cavaliers poser leur brosse trop vite, lancer la têtière par-dessus la tête, laisser tomber la sangle contre les tendons, ou brosser frénétiquement la tête en envoyant de la poussière dans les yeux de leur cheval — alors qu'il suffirait de lui couvrir l'œil une minute.
Ce ne sont "que" des inconforts, direz-vous. Des petits gestes irréfléchis, habituels. Le cheval ne proteste pas toujours — c'est un être silencieux et qui pardonne beaucoup.
N'abusez pas de sa patience. Faites attention au moindre de vos gestes. Cherchez constamment l'équilibre entre votre bien-être et le sien.
Une balade à pied est pour moi le meilleur exemple de partage et de respect — deux êtres qui avancent ensemble, sans objectif autre que d'être là.
Le leadership
Qu'observe-t-on à l'état naturel ?
Dans un groupe de type harem — un étalon pour une à trois juments — le rôle de l'étalon est avant tout un rôle de protection. Il effectue ce qu'on appelle des comportements de "conduite" pour rassembler ses juments et poulains et les éloigner du danger. C'est la seule façon avérée qu'a l'étalon de diriger son groupe.
Certains éthologues observent aussi des individus capables d'initierun mouvement de groupe — apparentés à des leaders, car ils n'utilisent pas la force mais sembleraient agir par charisme. Cependant, depuis quelques années, cette théorie est controversée. L'individu en tête n'est pas toujours le même, ce qui suggère que ces mouvements pourraient résulter d'une décision collective plutôt que d'un meneur désigné.
Il vaut mieux, pour le moment, ne pas s'avancer sur la présence d'un leader avéré dans chaque groupe, et préférer observer la cohésion d'ensemble.
Une notion utile, malgré tout
Comme pour la notion de respect, le leadership est un concept humain — mais il peut aider les cavaliers à mieux agir avec leurs chevaux. Le leader, c'est quelqu'un de charismatique, qu'on a envie de suivre et d'écouter. Quelqu'un de sûr de lui, qui semble nous protéger et nous montre la bonne marche à suivre.
Les chevaux vivent en groupe, ils n'aiment pas prendre des décisions seuls — ils apprécient cette cohésion d'équipe. Un bon leader humain incarnera donc le calme et la confiance, naturellement.
Le mauvais prof
Celui qui hurlait en cours de physique-chimie parce qu'on ne comprenait pas la physique quantique. Vous appreniez parfois — par peur. Mais aujourd'hui, vous souvenez-vous de ses leçons ?
Le bon prof
Celui d'histoire, passionné, qui encourageait au moindre progrès, prenait la vie avec légèreté et plaisantait tout le temps. Certains de ses cours, vous pouvez encore les raconter sur le bout des doigts.
"Vous êtes le professeur de votre cheval."

3 piliers pour enseigner comme un bon leader
Lorsque vous cherchez à enseigner quelque chose à votre cheval, voici les trois points essentiels à garder en tête.
La préparation
Posez-vous les bonnes questions avant de commencer. Comment vais-je apprendre le déplacement latéral à mon cheval ? Avec quel signal ? Quel est le mouvement exact ? Décomposez chaque exercice en étapes logiques et préparez votre progression.
Soyez intéressant et récompensez chaque effort
Ne soyez pas égocentrique : votre cheval n'est pas forcément ravi de faire des pirouettes au galop plutôt que d'aller brouter avec ses copains. Rendez l'apprentissage ludique, alternez avec des choses qu'il apprécie, et faites-en dix tonnes à chaque petit progrès.
Soyez sûr de vous et ayez l'envie d'enseigner
Même si vous n'êtes pas sûr de votre façon de faire, faites semblant. Et surtout : si vous allez à la carrière à reculons parce que l'exercice prévu ne vous inspire pas, n'y allez pas. Essayez, échouez, apprenez.
Vous souhaitez mieux comprendre le comportement de votre cheval ?
Lors d'un bilan comportemental, j'analyse la relation humain-cheval dans sa globalité — sans jugement, avec les outils de l'éthologie moderne.
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